| Le 25 janvier dernier a eu lieu au Centre culturel français de Libreville, la grande première de "L’Ombre de Liberty", 2d long-métrage du jeune prodige gabonais Imunga Ivanga, qui avait déjà remporté le Grand prix spécial du Jury à Cannes Junior en 2000. Dans cette fable moderne sur la liberté et l'ambiguïté de l'homme, une voix plane sur les ondes : celle d’un homme que personne n’a jamais vu mais en qui chacun, sauf le gouvernement, remet son espoir. A voir au CCF à partir du 2 février. |
 |
| © Imunga Ivanga |
L’Ombre de Liberty est un puzzle donné à résoudre au public après que celui-ci soit sorti de la salle de cinéma. En témoignent les débats qui suivent la projection du film. Liberty était-il Mateup, ce journaliste, dissident social, à la prose métaphysique et poétique ? Ou sa sœur Atita, une prostituée dont la morgue altière a un côté "Grande Royale" qui lui préserve toute sa dignité ? Pourquoi la voix de Liberty peut-elle continuer d’être entendue alors qu’il (ou elle) a du mourir dans l’explosion de sa camionnette radio pirate ?
Le film d’Imunga Ivanga suscite bien plus de questions que l’on ne saurait inventorier. C’est un film courageux, pour ne pas dire audacieux. C’est une peinture sociale, un fort stimulus qui éveille la conscience tout en l’entretenant dans ce fantastique qui tient sinon du monde des rêves du moins à celui des épopées extraordinaires et des mythes africains. La narration du film en elle-même rappelle, dans une certaine mesure, cette écriture par tableaux dont se sert Aimé Césaire dans le "Cahier d’un retour au pays natal".
Plus concrètement Liberty est une voix qui, comme celle de Jean le Baptiste dans les Evangiles, crie et annonce l’avènement d’une ère nouvelle. C’est un Robin des bois qui vole aux riches le pouvoir médiatique pour le donner aux pauvres. A la manière des Dub-poètes jamaïcains, son verbe est une poésie politique, une diatribe révoltée, un envol de l’esprit opprimé et un appel à la désobéissance civique. Cette voix, qui dérange surtout un pouvoir politique oligarchique et visqueux tenant pour l’essentiel dans la luxure et les sociétés secrètes, ne se laisse cependant saisir par personne, ni par les traîtres, ni par les forces armées et leurs grenades.
Imunga Ivanga reste dans la chronique sociale entamée avec "Dôlè", film dans lequel il dépeint une jeunesse en mal de devenir. Il brosse, avec L’Ombre de Liberty, la pauvreté matérielle, spirituelle et morale, les peurs et les lâchetés de chacun d’entre nous, le refuge dans l'alcool, la désespérance, la démobilisation, etc. Autant de situations sociales que démasque le film et que ne rate pas d’immortaliser les photos d’Arouet, un chasseur d’images désabusé qui fréquente Mateup, le journaliste déchu.
L’Ombre de Liberty est un conte pour adultes, une fable moderne sur la Liberté qui pousse tous les critiques voulant chroniquer le film à une écriture poétique. Aussi, plutôt que d’être commenté ou raconté, le film ne mérite-t-il rien d’autre que d’être vu. Sans doute le synopsis en donnera-t-il une meilleure idée.
http://www.gaboneco.com/show_article.php?IDActu=745
|
Vos commentaires