«L’OMBRE DE LIBERTY»
Nous le sommes tous ! Tanit d’or en 2000, avec son long métrage "Dolé" ("L’argent"), Imunga Ivanga a participé avec "L’ombre de Liberty", en compétition long métrage cinéma, à ces dernières J.C.C.
Le réalisateur gabonais est plus réfléchi et plus juste dans sa manière de tourner et d’avoir écrit le scénario, l’histoire ; une histoire qui peut se lire aussi bien au premier qu’au second degré et qui met l’index sur différents problèmes de société.
Une ombre plane sur la ville. Seul un nom court sur toutes les lèvres : "Liberty", et une voix sur les ondes : celle d’un homme. Personne n’a jamais vu son visage. Personne ne le connaît tout simplement. Mais chacun remet son espoir en lui. Chacun l’attend, sauf le gouvernement.
Sa tête est donc mise à prix. Les militaires et les forces spéciales redoublent d’effort pour sa capture, notamment un jeune capitaine, Ekumu, qui a besoin de cet argent pour soigner son fils atteint d’une tumeur.
Dans son film, Imunga Ivanga a représenté presque toutes les couches d’une société : l’intellectuel "castré" par le journaliste, les femmes qui essayent de s’en sortir par la prostituée, les vendus par le dénonciateur etc. Toutes les petites gens qui forment un peuple. L’autorité est représentée par les forces spéciales que le réalisateur, par un clin d’œil, compare aux SS. D’ailleurs, au-dessus du QG de ces forces, un panneau indique forces spéciales en un seul mot, regroupant le s final de forces et le s initial de spéciales. Doit-on comprendre par là que la police et les hommes d’uniforme, en Afrique (l’action se passe dans un pays africain), sont de la même "race" que les SS, les nazis ?
Ce qui nous a le plus accroché dans "L’ombre de Liberty" c’est le côté mystère à la limite du mysticisme. Imunga Ivanga a su jouer avec cette frontière comme un funambule sur son fil.
L’histoire est racontée par le capitaine Ekumu, qui, après s’être "trompé" de Liberty, est rétrogradé et envoyé en brousse, où il sombre peu à peu dans la folie. Donc, c’est la narration d’un homme fini et dans ce cas peut-on avoir confiance en son récit ? Le cerveau humain, surtout en état de dépression, peut jouer des tours et inventer ce qu’il veut d’autant plus que le fils de Ekumu décède en cours d’opération, et que sa femme l’abandonne.
Imunga Ivanga joue donc beaucoup avec cette limite entre le mystère et le mysticisme, entre le réel et l’irréel aussi bien dans son histoire que par sa manière de tourner. Ne serait-ce pas pour nous dire que nous sommes tous, d’une manière ou d’une autre, l’ombre de Liberty, car chacun de nous a son ou ses espoirs ?
Quant aux acteurs, ils ont su défendre leur rôle, donner un ton juste et réel à leur personnage.
Z.H
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