Vendredi 19 janvier 2007

Festival de Carthages : L'Ombre de Liberty
d'Imunga Ivanga (Gabon)
Olivier Barlet
publié le 16/11/2006

     

Un mystérieux franc-parleur parasite les ondes de la radio nationale : Liberty. Son verbe est incantatoire, une harangue poétique engageant à la résistance, une fenêtre vers l'espoir face aux "tyrans qui meurent dans leur lit". Il déjoue comme il se doit les pièges de la police, laquelle se ridiculise et passe à la manière forte. Mais comment se saisir d'un phénomène qui échappe au temps, une voix impalpable mais bien présente en chacun, cette énergie rebelle qui se réveille lorsque le peuple fait son unité ? Liberty est celui qui fait revivre les rêves. Il est l'insaisissable justicier des opprimés, à la fois Robin des bois et L'Archer Bassari : "celui qui dort par terre n'a pas peur de tomber". Mais il est aussi la poésie de la politique, une méditation rebelle, le visage caché du discours, la mobilisation du cœur et de l'esprit.
Il est le contraire des trois singes : il voit tout, entend tout, dit tout. Il est, en somme, la liberté d'expression. Une telle liberté dérange un pouvoir obscur traversé de sociétés secrètes. Le film orchestre sa traque sans nous dire qui il est, construisant en un récit en spirale un puzzle qu'il nous faudra résoudre, à la lumière des arrêts sur image fixés par le photographe, la sociologie d'un pays qui rêve de rupture. A l'abri de sa camionnette rouge, l'irréductible Liberty est un mythe que les habitants du matiti (quartier populaire) défendront becs et ongles face aux forces de l'ordre avant d'être tabassés et arrêtés. Pourtant, Liberty ne se laisse saisir par personne. Sa voix peut muer du masculin au féminin, embrassant ainsi tout l'univers.
Les films d'Afrique centrale ont le tragique de leur environnement. Délaissant la chronique sociologique des enfants de Dôlè (L'Argent) qui l'avait consacré comme un des cinéastes qui compte parmi les rares de cette sous-région, Imunga Ivanga ose un thriller poético-politique rythmé et foisonnant apte à faire vibrer ceux qui soupçonnent les pouvoirs en place d'avoir de sombres côtés, ceux qui ont du mal à discerner le vrai du faux. Il y a un côté Stars wars dans le scénario incantatoire de L'Ombre de Liberty : cette ombre est à l'œuvre qui nous empoisonne l'avenir. Mais cette ombre n'est pas seulement dans les obscures machinations des pouvoirs, ces sociétés secrètes que le film n'hésite pas à mettre en scène : elle est aussi en chacun de nous, dans les peurs et les lâchetés, dans les dérives vers l'alcool, la désespérance, la démobilisation. "Nous n'avons pas fait grand chose pour mériter Liberty". Et chaque fois que nous le combattons, comme ce policier qui voudrait le capturer mais dont l'enfant se meurt d'un cancer, c'est un peu de nous-mêmes que nous trucidons, ce que le film suggère par un montage parallèle dans la lignée d'Eisenstein ou du Sel de la terre.
L'espoir ? Il ne peut résider que dans la mobilisation sereine qui a pour elle le temps. "Avec lui, le temps ne suffit plus" : Liberty n'est pas dans l'urgence révolutionnaire mais engage une démocratie où chacun se lève pour être sujet, où chacun revendique une présence au monde. Au-delà de la peur, c'est la seule survie possible. Le besoin de Liberty est un besoin de poésie et de rêves - et c'est à cela qu'invite ce cinéma. A nous de remonter le puzzle comme dans ce film qui entremêle avec luxe détails le social, le politique et l'introspection littéraire. Liberty est au bout du labyrinthe, courage ! A nous de chercher en nous-mêmes de quoi lui donner de la voix. Il nous faudra affronter le chef de la police (l'inénarrable Philippe Maury) et son chien vaudou, voire même les forces spéciales comme en 68. Nous risquons comme le journaliste la torture car c'est encore l'instant des tyrans, mais patience, patience : si nous donnons à Liberty une voix au fond de nous, la nuit aura une fin. Dont acte.
 
Olivier Barlet
 
 
Par Olivier Barlet - Publié dans : Commentaires
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Vendredi 19 janvier 2007

Biographie

 Imunga Ivanga est un cinéaste gabonais. Il a fait des études de lettres à l'Université de Libreville couronnées par une maîtrise dont le  thème déjà prémonitoire portait sur l'adaptation cinématographique de trois romans. 
Il continue cette formation à la prestigieuse école française consacrée aux métiers de l'image et du son:  la Femis. Il y séjournera 3 ans et obtiendra son diplôme option scénario...
Depuis, il écrit et réalise pour lui et  pour les autres des histoires ....
Il a remporté le Tanit d'or  au Festival de Carthages avec son premier long métrage "Dôlè" (l'argent).

Photos  de Imunga Ivanga  lors du tournage de l'Ombre de Liberty

1 prise par Richard Mercier

2 prise par Roland Duboze

 

 

 

Par Pako - Publié dans : Imunga Ivanga
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Vendredi 19 janvier 2007

Filmographie 
I
munga Ivanga, cinéaste gabonais a réalisé et/ou produit une douzaine de films:

 LES FICTIONS:
L'Ombre de Liberty  long métrage 2006 sélectionné au Festival de Carthages
Dôlè long métrage 2000 Tanit d'Or au Festival de Carthages - Prix spécial du Jury Cannes Junior
Au bout du fleuve  court métrage  1999
La grenouille qui voulait se faire aussi grosse que le boeuf court métrage 1995 nominé au 7 d'Or TF1 1996

 LES DOCUMENTAIRES:
Le Chant sur la Lowé
26mm  2005
Les flots de Libreville 52mm 2004
La pierre de Mbigou (scénario Imunga Ivanga) 26mm  un film de Roland Duboze 1998
Les tirailleurs d'Ailleurs 26mm   1996-1997 Prix ACCT Amiens 1996
N'gwa ...musicien 13mm   1994

 LES FILMS D'ANIMATION
La mouche et le nganga parieur

 LES CLIPS
Egninga
clip de plusieurs chanteurs gabonais qui rendent hommage à l'artiste Eninga assasiné en 2004
Oghendo de l'artiste François Ngwa

 

 

 

 

 

 

 

Par Pako - Publié dans : Imunga Ivanga
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Vendredi 19 janvier 2007

   

L’ombre de Liberty est une fable moderne sur la Liberté.
C’est aussi un cri. Un cri d’Amour pour rendre hommage à la Vie. C’est le chant du poète, tel que nous le donne à entendre Pierre AKENDENGUE qui sème l’Amour de la Liberté en syllabes musicales à travers des titres inoubliables tels : Afrika Obota, Olando, Espoir à Sowéto, Marié avec... 
  L’Ombre de Liberty raconte l’ambiguïté de l’Homme. Le héros, EKUMU, est un bon père de famille prêt à tout pour sauver son fils malade, mais aussi capable de persécuter, de torturer des innocents. Comment comprendre un tel homme, sans que cela ne nous plonge dans le côté obscur de notre être, de l’Etre humain indifféremment des origines.

 

  Nous sommes dans une Afrique imaginaire où la manifestation du pouvoir épouse des formes diverses : kalachnikov, rituels traditionnels, irrationalité... Dans la réalité, les exemples de génocides récents en sont de tristes témoignages. On ne cesse de se résigner face à la survivance des conflits qui quand ils semblent s’achever (Angola), naissent aussitôt ailleurs et parfois là où l’on ne s’y attendait pas (Côte d’Ivoire). Nous donnant ainsi, le sentiment de tomber de Charybde en Scylla. La réponse est peut-être dans la perception que les hommes et les femmes qui les subissent se font d’eux. Chaque génération est un nouveau peuple, alors il faut la rappeler à l’Amour. Il faut l’aider à retrouver la confiance, l’assurance et peut-être même l’Afrique des contes enterrés…

  Liberty est cette voix dissonante, libératrice des consciences qui s’exprime par quart d’heure de liberté intermittent en squattant des fréquences. Elle apparaît comme un remède à ce conditionnement. La voix de Liberty est l’antithèse de la Radio des Mille Collines qui n’a eu de cesse d’enlaidir les cœurs et d’attiser la haine, dans le génocide du Rwanda.  Liberty ennoblie et  purifie les cœurs pour prévenir des génocides et nouer la haine dans le foulard des veuves.

  Explosé dans sa structure, l’Ombre de Liberty nous plonge dans un univers fantastique où la réalité est confuse, perturbée par cette voix sortie de nulle part et qui suscite l’espoir partout où elle est entendue. L’atmosphère de l’Ombre de Liberty s’inspire des mythes africains. Parce qu’il y a à la fois un réalisme et un aspect qui renvoie à un imaginaire fabuleux. Le pari sera de tenter de trouver la forme la plus appropriée pour dynamiser les espaces sonores et visuels.

  La ville théâtre de ces passions aura un traitement particulier. Un travail spécifique au plan sonore notamment sur le off, une lumière à la fois chaude et colorée, l’utilisation des longues focales, et un cadrage qui saisit à la volée des personnages en transit. Des personnages qui sont dans ce film comme on est dans la vie, même quand elle est oppressée. C’est bien souvent dans ces cas là que les Hommes se révèlent  dans ce qu’ils ont de plus bas ou de plus noble. 

 

 

 

Par Imunga Ivanga - Publié dans : lombredeliberty
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Vendredi 19 janvier 2007

Le capitaine Ekumu a bien des tristesses en tête : son fils Ika se meurt, et il n'a pas les moyens de le soigner. Sa compagne Ezéni en est désespérée. Une radio mystérieuse interrompt les discours du président Maraud Muntu Nyama. Elle parle d'un manguier d'or, d'un jour à venir, de la  liberté du poète. C’est Liberty qui sévit par quart d’heure sur les ondes qu’elle pirate, caché à bord d’une camionnette.

 Le colonel Paturo est chargé d'annoncer une grosse prime à qui permettra d'arrêter Liberty le pirate. Mais comment arrêter une voix sans corps ? Un coupable doit être trouvé. Pour Ekumu, ce serait la solution au drame qu’il vit.

  Mateup, ancien journaliste déchu vit avec sa sœur Atita, qui l'entretient en vendant ses charmes. Pour sortir de cette dépendance, il puise dans Liberty le courage de se remettre à écrire, comme son ami Arouet photographie la vie. Dans les bars du quartier, on parle d'une insaisissable camionnette. Des légendes courent autour d’elle, telle celle d’un aveugle qui ébloui par les phares de la camionnette de Liberty retrouva subitement la vue puis se mit, à la suite de cela, à prêcher la foi.

  Liberty a annoncé un "miracle" près du manguier : Mateup clame la prophétie de liberté dans tout le quartier. Atita se fait arrêter et échappe par la ruse à la convoitise de Paturo. Les hommes d’armes cernent le quartier. La camionnette s'échappe dans le feu, Atita disparaît près d'elle. Les habitants du quartier affrontent les hommes d’armes, Mateup est arrêté. A l'hôpital, le petit Ika meurt malgré l'opération. Ezéni la compagne d’Ekumu, abattue, le quitte. Mateup meurt sous la torture.

  Maraud Muntu Nyama organise une grande cérémonie pour fêter sa victoire sur Liberty…

  Mais son discours est soudainement interrompu par la mystérieuse voix.

  Le capitaine Ekumu, affecté dans un poste de brousse, se souvient de ces évènements comme on remonte le fil de sa vie. Il s’apprête à se suicider quand il découvre qu'une main a récupéré les carnets de Mateup et les photos de Arouet…

  Soudain, apparaît Atita. Ekumu la reconnaît, l’air presque soulagé il lui tend son revolver, comme une victime s’offre à son bourreau. Atita, silencieuse, s’empare de l’arme. Elle braque sur lui le revolver, puis le laisse tomber, s'en va, abandonnant Ekumu à la folie…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Par Imunga Ivanga - Publié dans : lombredeliberty
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